Comment la France, berceau des droits de l'homme, a-t-elle pu négliger à ce point une personnalité telle que Jacques Lusseyran ? Lui qui ne fut jamais prophète en son pays. Alors qu'il connut la reconnaissance partout ailleurs et notamment aux Etats-Unis, où ce héros aveugle de la Résistance française, reçut tous les honneurs.

   Plus de quarante ans après sa disparition, cette question continue d'être posée. Pour un homme qui malgré sa cécité combattit vaillamment dès l'âge de dix-sept ans l'occupant allemand. Fut une des pierres angulaires du réseau de résistance Défense de la France. Se retrouva après avoir été trahi, condamné, torturé, dans l'enfer concentrationnaire du camp de Buchenwald.

   Même les palmes académiques lui furent refusées. A cause de son handicap, une loi française lui interdit de présenter le concours d'entrée de l'Ecole Normale. De même qu'après-guerre, on le priva d'un avenir dans l'enseignement malgré une culture, des connaissances, une abnégation très largement au dessus de la moyenne. Il dut s'exiler au pays de l'oncle Sam pour pouvoir goûter aux joies universitaires. Et recevoir le titre d'enseignant de l'année. Obtenir enfin une chaire de littérature.

   Quant à ses manuscrits, les éditeurs français les boudèrent et ne jugèrent pas utile de les publier. Il n'en prit pas pour autant ombrage. Etant d'un perpétuel optimisme. Ne cherchant pas obstinément les lauriers ou la gloire.

   Ironie du sort, cette France pourtant tant aimée lui prit prématurément la vie un jour de juillet 1971, sur une anonyme route de la campagne nantaise. Dans un stupide accident de voiture. Clap de fin d'une incompréhension entre un héros et son pays qui le bouda.

(Livre disponible chez Gallimard au prix de 17,50 euros)

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